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Publié le mercredi 9 janvier 2013

Centre de recherches criminologiques de l’ULB - Etude sur le parcours des jeunes délinquants

Question de M. Damien Yzerbyt à Mme Évelyne Huytebroeck, ministre de la Jeunesse, intitulée « Étude sur le parcours des jeunes délinquants »

M. Damien Yzerbyt (cdH). – Nous avons pu lire dans la presse que c’est à votre demande, que le Centre de recherches criminologiques de l’ULB a réalisé une étude sur le parcours des jeunes délinquants. Avant tout, les auteurs de l’étude mettent en avant le fait que ces jeunes placés en Institutions publiques de protection de la jeunesse (IPPJ) ou en Centre fédéral fermé (CFF) sont, dans l’ensemble, particulièrement défavorisés sur les plans socio-économique, scolaire et familial.

Cette étude a également permis de mettre en lumière quatre trajectoires-types. Tout d’abord, il y a les jeunes pour qui tout a basculé un jour autour d’un évènement déclencheur. Cet élément déclencheur peut être le décès d’un parent ou d’un proche, un divorce, un viol, etc. Puis, il y a les jeunes qui traînent un long parcours en institution. Les chercheurs indiquent ici que ces anciens mineurs en danger marqués par un parcours institutionnel lourd glissent vers la sphère des mineurs délinquants. Autre parcours-type : celui des jeunes pour qui tout a commencé à l’épreuve du quartier. À la période charnière que représente l’adolescence, l’influence des autres leur a été néfaste. La socialisation par les pairs ou les embrouilles font partie de l’apprentissage entre « potes ». Enfin, les chercheurs de l’ULB évoquent ces jeunes au parcours singulier marqué par la débrouillardise et qui ont vécu hors des sentiers battus. Ces jeunes sont plutôt minoritaires et forment un groupe hétérogène. Toutefois tous ont en commun d’éprouver des difficultés à se projeter dans l’avenir. Or la plupart d’entre eux aspirent à une vie « normale », c’est-à-dire avoir un travail, une famille et une maison.

Madame la ministre, nous ne pouvons évoquer les résultats de cette étude sans penser au décret modifiant le décret du 4 mars 1991 relatif à l’Aide à la jeunesse voté récemment et dans lequel nous avons notamment réaffirmé le rôle prépondérant de la prévention générale. Cette étude, en démontrant entre autres que bon nombre de jeunes délinquants sont d’anciens mineurs en danger, vient confirmer l’intérêt de miser sur la prévention générale.

Quelles sont les mesures qui sont déjà prises pour œuvrer à la prévention générale ? D’autres actions sont-elles envisageables pour répondre aux constats soulevés par l’étude de l’ULB et poursuivre à la fois un objectif de prévention générale et un objectif ciblé vers les jeunes qui en ont le plus besoin ?

Mme Évelyne Huytebroeck, ministre de la Jeunesse. – Cette étude s’est révélée très intéressante même si certains résultats étaient prévisibles. On enfonce parfois des portes ouvertes !

Toutefois, il était important d’interroger ces jeunes et de situer leur propos dans leur contexte. Si ces jeunes placés en IPPJ ont des points communs, chacun a une histoire singulière. L’étude permet de montrer que se retrouver en institution de protection de la jeunesse est le plus souvent l’aboutissement d’un long parcours qui mène un jeune en danger à devenir délinquant. L’étude nous fournit aussi l’occasion d’aborder les réponses particulières ou plus globales à apporter à ce phénomène.

Cette étude présente une autre particularité : elle se fonde sur le regard que portent les jeunes sur leur propre parcours. J’insiste, il ne s’agit donc pas d’une étude sur la délinquance juvénile en général ! Dans cette analyse et dans les propos des jeunes, se retrouvent les grandes sphères de socialisation : la famille, la scolarité ou l’entourage (amis proches, bandes de jeunes).

Les enseignements de la recherche confirment l’utilité de plusieurs de nos actions prioritaires no- tamment l’accompagnement des jeunes dans leur milieu de vie, en collaboration avec la famille. Renforcer les centres d’orientation éducative, les services d’aide et d’intervention éducative peut donc fournir certaines réponses.

Nous souhaitons aussi renforcer d’autres institutions d’importance qui sont en amont, à savoir les associations en milieu ouvert.

La sphère scolaire apparaît aussi comme primordiale. Nous devons souligner ici que le décrochage scolaire est identifié par les jeunes interrogés comme une cause et une conséquence des problèmes. J’en appelle donc à une amplification de la collaboration entre les secteurs de l’Enseignement et de l’Aide à la jeunesse.

Des plates-formes de concertation d’accrochage scolaire ont été créées suite à la modification du décret de 1991. Je souhaite qu’elles contribuent à intensifier le travail de réseau entre ces deux secteurs.

Pour l’heure, nous oeuvrons, avec la ministre Simonet, à un projet de décret relatif à l’accrochage scolaire. J’espère que ce projet sera abouti pour juin. Il vise au bien-être des jeunes à l’école, à améliorer leurs conditions de scolarité et à organiser des collaborations intersectorielles pour une meilleure orientation scolaire.

Pour la mise en œuvre de la prévention générale à l’échelle des arrondissements, notre réforme doit trouver une concrétisation efficace et harmonieuse dans les mois à venir. Elle nécessitera un accompagnement des acteurs et un effort important d’information et de sensibilisation des acteurs de l’Aide à la jeunesse et des autres secteurs concernés.

Pour soutenir les futurs conseils d’arrondissement de l’Aide à la jeunesse dans leurs missions, j’ai décidé d’un renfort en personnel des sections de prévention générale des services d’Aide à la jeunesse dès ce début 2013. Ce renfort permettra d’élaborer un diagnostic trisannuel identifiant les éléments défavorables au développement personnel des jeunes et à leur insertion sociale.

Il devra également participer à la mise en œuvre des actions de prévention générale des conseils d’arrondissement de l’Aide à la jeunesse sur la base de ces diagnostics, faciliter leurs travaux et assurer le suivi de leurs décisions.

Il est évident que les secteurs de l’Aide à la jeunesse et de l’Enseignement ne sont pas les seuls à devoir être mobilisés. D’autres politiques, beaucoup plus globales, comme la revitalisation des quartiers, devront l’être également. Les secteurs de la Culture, du Sport et du Logement seront concernés. Les politiques en faveur des jeunes, de leur socialisation, de leur émancipation, devront être renforcées à tous les niveaux.

Les résultats de cette étude confirment le bien-fondé de notre volonté de décloisonner les politiques de la jeunesse délinquante et en difficulté. Je suis très heureuse de l’avoir commandée

M. Damien Yzerbyt (cdH). – Madame la ministre, cette étude apporte en effet une pierre à l’édifice car elle permet d’identifier des parcours sans stigmatiser le jeune en tant que délinquant. On y souligne que ces jeunes ont une histoire propre qu’il ne s’agit pas de réprimer.

Comme vous l’avez dit, et inscrit dans la réforme de l’Aide à la jeunesse, il faut se donner comme objectif dans les politiques en faveur de la jeunesse de décloisonner les actions et de travailler de concert avec de nombreux acteurs et ne plus se focaliser sur les seuls jeunes délinquants. Il faut d’agir davantage dans la prévention générale. Celle-ci est de la responsabilité de l’ensemble des acteurs puisque chacun peut être confronté à des situations difficiles. Vous l’avez dit, les secteurs de l’Aide à la jeunesse et de l’Enseignement n’y arriveront pas seuls.

Je salue les moyens supplémentaires accordés aux conseils d’arrondissement de l’Aide à la jeunesse mais il faudra veiller à maintenir le dialogue entre les différents intervenants de la prévention pour que des progrès réels voient le jour.

Ce sujet m’intéresse vivement et je vous interpellerai à nouveau pour suivre son évolution.

Damien Yzerbyt - Grand-Place, 1 - 7700 MOUSCRON | Secrétariat 056 86 05 13 - GSM 0475 22 80 16
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